Ayyoubides

Saladin

L’ascension de Saladin

Après la deuxième croisade, le conflit entre les Zengides et les États latins se poursuit de manière indirecte en Égypte. Lors de l’installation des croisés dans la région, les Fatimides avaient réussi à conserver la ville d’Ascalon, qui leur avait servi de base pour lancer des raids quasi-annuels contre le Royaume de Jérusalem. Au cours du XIIe s., le califat shī’ite entre dans une période d’instabilité qui permet au Royaume de Jérusalem d’être relativement tranquille sur sa frontière méridionale. Après la fin de la deuxième croisade, le roi Baudouin III (règne 1143-1162) se tourne vers l’Égypte. Après s’être allié avec l’émir de Damas, il assiège Ascalon. Le siège est un succès, mais l’alliance précipite la conquête de la Syrie du sud par Nūr ad-Dīn, qui profite des mécontentements résultants de cet accord.

Le roi Amaury Ier (règne 1162-1174) poursuit l’action de son frère et profite des querelles internes au Califat fatimide pour tenter de prendre le contrôle de l’Égypte. L’ancien vizir Shawar se rend auprès de Nūr ad-Dīn pour récupérer sa position. Pendant ce temps, Amaury envahit l’Égypte en 1163 et obtient le paiement d’un tribut annuel. Peu après son départ, les armées zengides, conduites par Shīrkūh, accompagné par son neveu, Salāh ad-Dīn (Saladin), envahissent l’Égypte et réinstallent Shawar comme vizir. Cependant, celui-ci n’est plus qu’un homme de paille.

Voulant se débarrasser de l’encombrante protection de Shīrkūh, Shawar fait appel à Amaury. En 1164, il envahit l’Égypte. Pendant que Shīrkūh contient l’invasion, Nūr al-Dīn attaque la principauté d’Antioche. Amaury quitte l’Égypte pour aider son vassal, mais Shīrkūh a, entre-temps, accepté de quitter lui aussi l’Égypte.

En 1166, Shīrkūh envahit de nouveau l’Égypte en 1166, et Shawar appelle de nouveau Amaury à l’aide. Les opérations de 1166-1167 tournent à l’avantage des Latins, qui laissent des garnisons à Alexandrie et au Caire, avec paiement d’un tribut tandis que les Zengides se retirent d’Égypte.

Le fardeau financier et la présence de soldats latins conduit à un renversement des alliances. Devant les messages peu rassurants venus d’Égypte, Amaury envahit de nouveau le Califat fatimide, avec le soutien de troupes byzantines. Shawar appelle Shīrkūh à l’aide. Celui-ci arrive au Caire au début de 1169 et fait exécuter le vizir. Le calife al-Ādid choisit Shīrkūh comme nouveau vizir, mais celui-ci meurt peu après ; il est remplacé par son neveu Saladin. Le siège de Damiette, marqué par les dissensions entre Latins et Byzantins, est un échec, ce qui renforce la position du nouveau vizir. À la mort du calife, Saladin rétablit l’autorité (théorique) du calife abbasside sur l’Égypte et l’orthodoxie sunnite. L’autorité de Nūr al-Dīn est tout aussi théorique, et Saladin est le véritable homme fort de l’Égypte.

Nūr al-Dīn commence à se méfier de Saladin, qui proteste de sa fidélité, mais il meurt en 1174. Saladin profite des dissensions entre les héritiers de Nūr al-Dīn pour mettre la main sur les domaines des Zengides et refaire l’unité du Proche Orient. Saladin, qui a parfois l’image du défenseur de l’islam face aux croisés, a en réalité passé une bonne partie de sa carrière à combattre ses correligionnaires — même si ça se traduit par la destruction du califat shī’ite — ce qui rappelle que la dimension religieuse n’est qu’un aspect des conflits de la région.

Saladin se tourne vers les États latins. Comme auparavant, échecs et succès alternent. Il échoue même à s’emparer des forteresses des Assassins, ordre shī’ite et élément déstabilisateur de la région. Cependant, en 1187, Saladin inflige une défait décisive aux Latins lors de la bataille de Hattin. Il est en mesure de conquérir la quasi-totalité du royaume de Jérusalem. Seule Tyr résiste aux assauts des troupes de Saladin.

Dans le même temps, l’Empire byzantin connaît d’importantes difficultés, avec une montée du sentiment anti-Latins, ces derniers semblant profiter, voire favoriser les problèmes de l’Empire. En 1176, les armées byzantines parties soumettre le sultanat de Rūm subissent une grave défaite à Myrioképhalon. Cette défaite apparaît rétrospectivement comme un désastre digne des batailles du Yarmouk ou de Mantzikert, mais si l’Empire a définitivement perdu l’occasion de récupérer l’Anatolie, il reste en mesure d’infliger des défaites aux Turcs.

La mort de Manuel Ier Comnène (règne 1143-1180) est suivie de troubles importants. Il laisse derrière lui un fils mineur, Alexis II (règne 1180-1183), renversé par Andronic Ier Comnène (règne 1183-1185), qui tient la régence depuis 1182. Les sentiments anti-Latins culminent avec le massacre de 1182. Les Normands de Sicile envahissent de nouveau les Balkans et s’emparent de Constantinople, la deuxième ville de l’Empire, en 1185. La même année, Isaac Comnène, un cousin lointain, s’empare de Chypre et la gouverne pour son propre compte. Le successeur d’Andronic Ier Comnène, Isaac II Ange (règne 1185-1195) parvient à repousser les Normands, mais échoue à reprendre Chypre. Pire, son règne voit la révolte des Bulgares et la reconstitution d’un rival puissant dans les Balkans. Le ciel continue de s’assombrir pour l’Empire…

Saladin La conquête de la Syrie-Palestine par Saladin

Cette carte a été élaborée comme support des cours et formations de l’Institut européen en sciences des religions.

Projection Projection azimutale équivalente de Lambert
Centre 35°N, 32°E
Datum WGS 84
Hydrographie
(côtes, cours d’eau, lacs)
GSHHG (Global, Self-consistent, Hierarchical, High-resolution, Geography Database)

Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

La quatrième croisade

La quatrième croisade

En 1187, Saladin s’empare de Jérusalem. Dans la foulée, il s’empare de presque tous les territoires des États latins, réduits à quelques points sur le littoral. La troisième croisade (1187-1192) parvient à rétablir la situation, mais sans reprendre Jérusalem : les croisés se contentent d’un accord garantissant le libre accès aux pèlerins chrétiens. Au passage, les croisés se sont emparés de Chypre, territoire byzantin érigé en royaume latin et qui sert de base arrière aux États latins.

Peu satisfait de ce résultat, Innocent III (r. 1198-1216) appelle à une nouvelle croisade dès le début de son pontificat. Cet appel est peu suivi : contrairement à ce qui s’était passé pour les deux croisades précédentes, peu de seigneurs importants répondent présent.

La croisade peine à s’organiser. En 1202, l’essentiel des troupes arrive à Venise, dont les activités commerciales ont été ralenties pour pouvoir réunir une importante flotte de transport vers l’Égypte, base du sultanat ayyoubide. Les croisés n’ont pas les moyens de payer la somme demandée. Le doge propose aux croisés de l’aider à mener des démonstrations de force en Adriatique pour consolider la présence vénitienne. C’est ainsi que les croisés assiègent et prennent Zara, ville chrétienne mais qui s’éloignait de l’orbite vénitienne. Innocent III réagit en excommuniant les croisés.

La politique byzantine rattrape la croisade. En 1195, l’empereur Isaac II (r. 1185-1195) a été renversé, aveuglé et emprisonné par son frère Alexis III. Le fils d’Isaac, Alexis, vient trouver les croisés et leur demande de l’aider à rétablir son père sur le trône impérial en échange d’une aide substantielle qui permettra aux croisés de réussir leur entreprise.

En 1203, la croisade paraît devant Constantinople et assiège vainement la ville, mais Alexis III s’enfuit, Isaac II est tiré de prison et Alexis couronné empereur. Celui-ci ne peut respecter ses engagements (ne serait-ce que parce Alexis III est parti avec la caisse) et met ses sujets sous pression pour collecter la somme promise, allant jusqu’à faire fondre les métaux précieux des icônes ! À cela s’ajoute une cohabitation difficile entre les habitants de Constantinople et l’armée croisée qui campe devant les murailles. En janvier 1204, après la morte d’Isaac II, Alexis IV est chassé du pouvoir, et Alexis V est couronné empereur. Il refuse d’honorer les engagements de son prédécesseur et commence à renforcer les défenses.

Les croises décident de prendre la ville pour leur propre compte. Après plusieurs échecs, la ville est finalement prise le 13 avril et pillée pendant trois jours. L’événement a une portée considérable, car la ville avait résisté à tous les sièges depuis sa fondation par Constantin et passait pour imprenable. Les croisés Venise se partagent le territoire byzantin, mais il leur faudra conquérir effectivement ces territoires : l’Empire, déjà travaillé par d’importantes forces centrifuges, se désagrège, et de nouveaux États s’organisent autour d’autorités locales. Deux ont clairement l’ambition de reprendre Constantinople et restaurer l’Empire byzantin : l’État d’Arta (Michel Doukas) et l’Empire de Nicée (Théodore Laskaris).

La prise de Constantinople a des conséquences religieuses importantes. Pour les croisés, et bientôt pour l’Église latine, elle est le signe de la faveur divine et la preuve de la condamnation des Byzantins, mauvais chrétiens qui n’ont pas soutenu la croisade. Innocent III, au départ furieux du détournement de la croisade, admet l’état de fait et tente d’imposer l’autorité de l’Église romaine à l’Église byzantine. De leur côté, les Byzantins considèrent certes avoir été châtiés par Dieu, mais que les Latins ont montré leur nature barbare et qu’en s’en prenant à leur coreligionnaire, ils n’avaient guère de chrétien que le nom.

Plus que la dispute qui aboutit au « schisme » de 1054, la quatrième croisade creuse un fossé infranchissable entre les deux chrétientés.

La quatrième croisade

Cette carte a été élaborée comme support des cours et formations de l’Institut européen en sciences des religions.

Projection Projection conique conforme de Lambert
Parallèles standards 36°N et 44°N
Datum WGS 84
Hydrographie (côtes, cours d’eau, lacs) GSHHG (Global, Self-consistent, Hierarchical, High-resolution, Geography Database)

Licence Creative Commons
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